Étude observationnelle Toxicologie Plusieurs matrices Référence structurante

Nitrous Oxide Determination in Postmortem Biological Samples: A Case of Serial Fatal Poisoning in a Public Hospital

Poli D, Gagliano-Candela R, Strisciullo G, Colucci AP, Strada L, Laviola D, Goldoni M, Mutti A

Journal of Forensic Sciences · 2010

En bref

Étude médico-légale portant sur huit décès accidentels après administration de N₂O pur à la place d’oxygène dans une unité de soins intensifs. Le N₂O a été détecté par chromatographie gazeuse dans le sang, l’urine, plusieurs tissus ainsi que dans des prélèvements gazeux trachéaux ou gastriques, jusqu’à 31 jours après le décès. L’étude montre qu’après une exposition aiguë massive, le N₂O peut persister et être mesuré dans plusieurs matrices biologiques longtemps après l’exposition.

Ce que cette publication apporte

Cette étude apporte une documentation médico-légale de la distribution et de la persistance du N₂O dans plusieurs matrices biologiques après une exposition aiguë massive. Chez huit patients accidentellement exposés au N₂O pur, les auteurs détectent le composé dans le sang, l’urine, différents tissus ainsi que dans des prélèvements gazeux trachéaux ou gastriques réalisés entre 6 et 31 jours après le décès. Elle montre ainsi que le N₂O peut rester analytiquement détectable dans l’organisme longtemps après une exposition exceptionnellement élevée.

Question étudiée

Le N₂O peut-il être identifié et quantifié dans des prélèvements biologiques post-mortem afin de documenter une exposition aiguë fatale, y compris lorsque l’autopsie intervient plusieurs jours ou semaines après le décès ?

Méthode

Huit patients âgés de 67 à 85 ans ont été accidentellement exposés au N₂O pur pendant une administration supposée d’oxygène, durant 25 à 125 minutes. Les autopsies ont été réalisées 6 à 31 jours après le décès. Des prélèvements de sang, urine, foie, bile, rein, tissu adipeux et cerveau ainsi que des échantillons gazeux provenant de l’estomac ou de la trachée ont été analysés par chromatographie gazeuse en espace de tête avec détection par capture d’électrons (HS-GC/ECD). La méthode a fait l’objet d’une validation analytique dans l’air, le sang et l’urine.

Principaux résultats

01

Du N₂O a été retrouvé dans l’ensemble des types de prélèvements biologiques étudiés malgré un délai de 6 à 31 jours entre le décès et l’autopsie.

02

Les concentrations sanguines de N₂O étaient comprises entre 11,29 et 2152,04 mg/L. Une concentration de 95,11 mg/L a été mesurée dans l’urine. Des quantités anormales de N₂O ont également été mises en évidence dans le foie, la bile, les reins, le cerveau et le tissu adipeux.

03

Du N₂O a également été détecté dans des prélèvements gazeux post-mortem : 5,28 à 83,63 g/m³ dans les échantillons gastriques, correspondant à environ 0,30 à 4,55 %, et 1,188 g/m³, soit environ 0,06 %, dans le prélèvement trachéal disponible.

Portée du résultat

Ce que cette publication permet de conclure

Cette étude permet de conclure qu’après une exposition aiguë massive, le N₂O peut être détecté et, pour certaines matrices, quantifié dans des prélèvements biologiques post-mortem plusieurs jours à plusieurs semaines après le décès. Elle montre également que le N₂O se distribue dans plusieurs compartiments biologiques et qu’une analyse toxicologique peut documenter rétrospectivement une exposition importante.

Ce qu’elle ne permet pas de conclure

Cette étude ne permet pas de déterminer la cinétique d’élimination du N₂O chez une personne vivante ni la durée pendant laquelle une exposition récréative récente peut être détectée dans l’air expiré. Les prélèvements gazeux trachéaux et gastriques post-mortem ne constituent pas des mesures d’air expiré. Les résultats ne permettent pas non plus d’établir un seuil de dépistage, une relation entre concentration biologique et altération des capacités, ni une fenêtre de détection applicable au contrôle routier.

Limites

L’étude concerne seulement huit décès survenus dans des circonstances exceptionnelles, après exposition au N₂O pur pendant 25 à 125 minutes. Les délais entre décès et autopsie varient de 6 à 31 jours et sept corps avaient été inhumés, ce qui a pu entraîner des pertes de N₂O. Une quantification rigoureuse n’a été possible que dans le sang et l’urine ; pour la plupart des tissus, les auteurs ont mesuré la quantité libérée lors de l’extraction en espace de tête plutôt que la concentration tissulaire totale. Un prélèvement trachéal n’était disponible que chez un patient.

Référence

Poli D, Gagliano-Candela R, Strisciullo G, Colucci AP, Strada L, Laviola D, Goldoni M, Mutti A. Nitrous Oxide Determination in Postmortem Biological Samples: A Case of Serial Fatal Poisoning in a Public Hospital. Journal of Forensic Sciences. 2010.

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